
Mais vous n’avez pas encore tout vu. Après la fausse opposition, voici les fausses dissidences.
Introniser un candidat officiel, là où il a peu de chances de réussir. Laisser reposer. Si la mayonnaise ne prend pas, commencer, très discrètement, le travail de sape, par exemple en orchestrant secrètement des ratages médiatiques ou en laissant filtrer une complicité avec son adversaire. Puis susciter, toujours très discrètement, la création ou l’envolée d’une liste dissidente.
Au moment opportun, confortez l’idée que le candidat officiel conduit à la défaite, s’il le faut par un sondage que vous ne commanderez pas vous-mêmes, bien entendu. A ce moment-là, ressortez les vieilles recettes qui avaient si bien fonctionné par le passé, quand Sarkozy, le père, avait flingué Charles Pasqua dans sa conquête de la mairie de Neuilly...
Au moment où le "dissident" est officiellement investi, ne soyez pas avare d’envolées lyriques. Exemple : "en République les places s’acquièrent par le mérite, par le travail, pas par l’héritage". Ça fait très bon effet, et ça permet d’éviter les questions gênantes.
Une fois la recette testée à petite échelle, voyez les choses en grand. Partout où vos candidats officiels sont à la peine, susciter, aider, choyer les listes "dissidentes". Une panne sur Paris ? Plutôt que secourir votre navire amiral, coulez-le. Vous avez en magasin suffisamment de groupuscules sous contrôle pour y puiser des ambitieux dont les déveines passées auront aiguisé l’appétit. Ils vivront cette aubaine comme une revanche et feront de parfaits dissidents.
A cela, vous n’y trouverez que des avantages : vous écarterez du même coup tout réel dissident qui pourrait profiter de la faiblesse de votre candidat pour lancer une candidature que vous ne contrôleriez pas. Vous renforcerez l’idée qu’en dehors de l’UMP-PS, parti unique à deux entrées, point de salut !
Vous renouvellerez les équipes et écarterez ainsi ces officiels qui finiraient par croire avoir quelque droit de préemption sur votre électorat. Vos faux dissidents seront, eux, beaucoup plus dociles : mariez sans hésiter les carpes et les lapins, qu’ils ne soient d’accord sur rien, sauf sur leurs petites ambitions, et ils vous seront infiniment reconnaissants de les avoir si discrètement aidés.
Tout cela doit être mené dans la plus grande discrétion (au risque de provoquer un tollé). Que ça se sache, et les électeurs finiraient par comprendre que l’ensemble de la vie politique est devenu une mise en scène décadente, où plus rien n’a d’importance ni de sens, sinon les petites ambitions personnelles. Ce serait terrible. Dès que les Français comprendraient que leurs malheurs sont dus à ce système qui ne promeut qu’ambitieux et incapables, ils redeviendraient ce qui vous fait si peur : un peuple dangereux.
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