Laisser la responsabilité de l’atlantisme à un socialiste
Serait-ce la raison du débauchage de Bernard Kouchner ?
lundi 14 mai 2007
par Jean-Yves CREVEL
Ce que nous annoncions dès le 23 décembre 2006 [*] semble se réaliser : Malgré ses démentis, Bernard Kouchner quitterait les socialistes pour intégrer le 1er gouvernement Fillon. Mais ce qui est très intéressant, c’est qu’on lui propose le ministère des Affaires étrangères. Cela laisse supposer que Nicolas Sarkozy et Bernard Kouchner ont une approche commune du rôle de la France dans le monde.

Après les déclarations du candidat Sarkozy à New-York qui plaidait pour "une France moins arrogante", nous avons eu "l’appel à nos amis américains" du président fraîchement élu :

"Je veux lancer un appel à nos amis Américains pour leur dire qu’ils peuvent compter sur notre amitié qui s’est forgé dans les tragédies de l’Histoire que nous avons affrontées ensemble. Je veux leur dire que la France sera toujours à leurs côtés quand ils auront besoin d’elle. Mais je veux leur dire aussi que l’amitié c’est accepter que ses amis puissent penser différemment, et qu’une grande nation comme les Etats-Unis a le devoir de ne pas faire obstacle à la lutte contre le réchauffement climatique, mais au contraire d’en prendre la tête parce que ce qui est en jeu c’est le sort de l’humanité tout entière. La France fera de ce combat son premier combat."

Cet "appel" est certes plus fin que la déclaration new-yorkaise. Mais si on y regarde de près, en lisant entre les lignes, on remarque que l’équilibre entre l’atlantisme et le nationalisme tient en deux phrases :

1. Pour l’atlantisme : "Je veux leur dire que la France sera toujours à leurs côtés quand ils auront besoin d’elle."

2. Pour le nationalisme : "Une grande nation comme les Etats-Unis a le devoir de ne pas faire obstacle à la lutte contre le réchauffement climatique"

C’est donc clair :

La France va désormais aligner sa politique internationale sur celle des Etats-Unis (la France sera toujours à leurs côtés quand ils auront besoin d’elle) et que le nationalisme sera réduit à la portion congrue : inciter les U.S.A à participer à la lutte contre le réchauffement climatique, seule et maigre exception à l’alignement servile.

Il fallait un ministre pour mettre en oeuvre cette politique. L’idée géniale consiste à laisser cette tâche ingrate à un socialiste.

Cela présente de nombreux avantages, entre autres :

-  L’ouverture à gauche,

-  éviter d’exacerber le clivage atlantiste-gaulliste au sein de la majorité,

-  au cas où la France devrait suivre les USA dans un nouveau conflit, la présence du ministre socialiste affaiblira toute contestation pacifiste,

-  disposer d’un fusible au cas où cette politique tournerait au fiasco.

Et cela ne présente aucun inconvénient :

Kouchner est un vrai partisan de la mondialisation, un farouche ennemi de la souveraineté des nations qu’il n’a cessé d’attaquer en instrumentalisant l’humanitaire ("tu veux que je te refasse le coup du sac de riz ?") et le "devoir d’ingérence" arme fatale pour répandre sur la planète la conception américaine de la "démocratie". Il sera donc en parfaite communion de pensée avec les atlantistes de l’UMP, eux restant à l’abri des coups et des faux pas. Mieux ils auront le bonheur d’assister à l’application de leur politique par un "socialiste".

Et Hubert Védrine ?

Dans le même ordre d’idée, pourquoi ne pas nommer Hubert Védrine, non à la Justice comme le voudraient les rumeurs, mais aux affaires européennes ? Il serait le socialiste idoine pour se taper le sale boulot sur le dossier européen, dossier sur lequel ni Sarkozy, ni son entourage ne savent comment assumer le grand écart entre les engagements de campagne et les couleuvres qu’il faudra avaler pour poursuivre la grandiose "construction" européenne.

Et Claude Allègre ?

Comme je suis plein d’idées pour un lundi, encore une : je verrais bien le grand scientifique Claude Allègre faire quelque chose non à l’éducation, mais à l’écologie. Comme il sait parfaitement expliquer qu’il ne faut pas dramatiser les conséquences désastreuses de la mondialisation pour le compte des multinationales, il saura parfaitement noyer le poisson du réchauffement climatique sur le thème de "la France qui doit montrer l’exemple" en continuant de tout importer de Chine sans voir que tout y est produit n’importe comment, sans qu’on pense un seul instant, ni à l’écologie, ni à l’exemple français.

Je m’arrête là, sinon, je vais faire tout un gouvernement. A chacun son job.

Conclusion :

Le clivage droite-gauche est réellement obsolète : La vraie fracture est maintenant entre les partisans de la France libre, majoritaires parmi les Français, et les partisans de l’euro-mondialisme, majoritaires dans la classe politique.

Le clivage droite-gauche ne sert plus qu’à créer l’illusion de l’alternance, donc l’illusion de la démocratie. Pour se donner des airs de grand démocrate moderne, on feint de le dépasser, mais en réalité, on ne fait que réunir les partisans de l’abaissement de la France.

Il faut donc tout reconstruire. Créer une issue politique à cette majorité de Français, viscéralement attachés à leur liberté, mais privés de représentants. C’est l’immense tâche à laquelle s’attelle l’Union Populaire Républicaine. C’est aussi la principale explication de la dynamique qui, déjà, porte l’U.P.R.

contact@u-p-r.org

Post-scriptum :
* Sur le même sujet - Article du 23 décembre 2006
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