Chevènement déjà soumis au bipartisme à l’Américaine
Le candidat du MRC se garde bien d’appeler au rassemblement de TOUS les républicains
dimanche 19 novembre 2006
par Jean-Yves CREVEL

Curieuse façon de lancer une candidature : annoncer dès le départ que l’on jettera l’éponge en cours de route ! Dès lundi, Jean-Pierre Chevènement se disait prêt à retirer sa candidature si Jean-Marie Le Pen risquait d’être présent au second tour.

Comme ce risque est dès aujourd’hui quasi certain, cela voulait clairement dire que ce chef républicain se rangeait dans la catégorie des petites marionnettes avec comme programme commun "trois petits tours et puis s’en vont".

Parallèlement, le programme de J.P. Chevènement s’est beaucoup assagi : "gouvernement économique de la zone euro", Europe qui protège", etc. Bref, son républicanisme se résume maintenant à quelques coups de menton susceptibles de donner le change à ses troupes, mais rien, absolument rien qui serait dans une logique réellement indépendante et volontaire, incompatible avec le pseudo-nationalisme d’affichage de M.S. Royal, totalement inconséquent, donc totalement Barroso-compatible.

Ségolène Royal ne fait d’ailleurs pas mystère de sa complicité dans l’affaire. Elle déclarait le même jour "Je souhaite bien entendu que le moment venu, si je suis désignée, il puisse me rejoindre".

Echanges de bons procédés, le candidat Chevènement fait la campagne de sa concurrente, pour laquelle il ne tarit pas d’éloges : "Si j’en juge par les attaques dont Ségolène Royal a fait l’objet, j’ai l’impression que beaucoup de socialistes n’ont pas encore compris que la répression devait aller de pair avec la prévention et l’éducation. Ségolène Royal s’est située sur le terrain des valeurs. C’est l’essentiel." Ou encore "Ségolène Royal a montré jusqu’ici une grande force de caractère." Plus royaliste que Jean-Pierre, tu meurs !

Quel est donc le véritable objectif de cette fausse candidature ?

Il y a eu certainement la volonté de faire monter les enchères pour les marchandages de circonscriptions gagnables avec la direction du PS. Mais il y a avant tout la volonté de geler les ardeurs des républicains pour les neutraliser et surtout pour éviter qu’ils ne se regroupent, au-delà des clivages obsolètes, dans un rassemblement réellement déterminé à refuser coûte que coûte l’asservissement de la France qui se traduit aujourd’hui par la perte d’un réel choix démocratique.

J.P. Chevènement rejoint la cohorte des gardiens de petites flammes, comme on peut en rencontrer dans d’autres mouvements. Ces gardiens de doctrines et de Saint Graal qui vous expliquent doctement qu’il est urgent de ne rien faire, ou le service minimum "pour montrer qu’on existe" mais qu’il faille voir loin, très loin et attendre que les circonstances nous soient favorables, en ne faisant jamais rien pour qu’elles le deviennent. Qui plus est, certains vous expliquent que leur échec signifierait la disparition du mouvement et l’extinction de la précieuse flammèche ! Puis, ils font, soit très peu pour réussir, soit beaucoup pour échouer, mais toujours en monopolisant une cause autour de laquelle beaucoup de Français pourraient se retrouver.

Mais pour que ces funestes manoeuvres réussissent, il est indispensable d’anesthésier ainsi TOUS ces mouvements. Or ce n’est pas le cas. Nous sommes en train de démontrer au RIF la justesse du refus gaulliste du renoncement où mène le déterminisme historique : "Retenez cette leçon, l’histoire n’enseigne pas le fatalisme, il y a des heures où la volonté de quelques hommes brise le déterminisme et ouvre de nouvelles voies. Quand vous déplorerez le mal présent et que vous craindrez le pire, on vous dira : ce sont les lois de l’Histoire, ainsi le veut l’évolution ; on vous l’expliquera savamment ; redressez-vous, Messieurs, contre cette savante lâcheté. C’est pire qu’une sottise, c’est le péché contre l’esprit."

Post-scriptum :

Pour voir le devenir de cette candidature, passez simplement la souris sur l’image.

Sur le même sujet :

"Jean- Pierre Chevènement : un projet avant le retrait ?" sur fluctuat.net

« Ma candidature se justifie toujours » sur Libération.fr

"Ségolène Royal souhaite que Chevènement la rejoigne" sur le Monde.fr

"François Hollande veut une alliance avec Jean-Pierre Chevènement" sur Reuters

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