TOUS CONTRE L’EURO !!!
MAIS PERSONNE - SAUF NOUS - POUR EXIGER D’EN SORTIR
mercredi 15 novembre 2006
par François Asselineau

1°) UN CONSTAT ACCABLANT ET UNANIME

Les informations économiques et monétaires de ces derniers jours sont à éclater de rire si elles n’étaient pas si graves.

On a appris en effet que la croissance économique est, pour la énième fois, retombée lourdement, au troisième trimestre, dans la zone euro.

L’Insee a annoncé la semaine dernière une "croissance" [sic] française de 0,0% tout rond au troisième trimestre 2006. C’est-à-dire le marasme pur et simple, à la limite de la récession.

Pour sa part, l’Institut d’études économiques Xerfi vient d’indiquer qu’il prévoyait une croissance de 2,1% en France en 2006 et de seulement 1,9% en 2007, alors que les prévisions officielles sont de 2% à 2,5% pour 2006 et autant pour 2007. Bref, alors que, voici à peine un mois, on entendait partout un discours triomphaliste sur le caractère prétendument extraordinaire de la croissance, désormais tout le monde est en train de se rendre compte aujourd’hui que rien du tout n’a changé sur le fond.

Du coup, les faits étant têtus, le problème de l’euro refait surface.

Et l’on voit défiler, devant télés et radios, tous les responsables politiques français, les uns après les autres, pour nous expliquer que l’euro est une catastrophe et qu’il faut absolument "imposer un gouvernement économique de la zone euro".

-  Ainsi, le 22 juin, à Agen, Nicolas Sarkozy a prononcé un discours où il a dénoncé - d’ailleurs à juste titre - la perte de pouvoir d’achat provoquée par l’euro et a réclamé un "véritable gouvernement économique de la zone euro" .

-  Le 11 août, le Front National (en la personne de Jean-Claude Martinez) a dit, avec d’autres mots, exactement la même chose. Interrogé par Sophie Huet du Figaro qui lui demandait : " Vous critiquez le pacte de stabilité. Iriez-vous jusqu’à proposer de sortir de l’euro ?", le responsable frontiste a répondu texto : "Non. Nous ne pouvons pas sortir de l’euro, que j’ai pourtant combattu. Mais il faut à tout prix mettre fin aux politiques d’austérité" .

-  Le 11 octobre, Marie-Ségolène Royal a appelé de ses voeux "une réforme du pacte de stabilité et de croissance pour instaurer un pilotage pour l’Eurogroupe (ministres des Finances de la zone euro), afin que les politiques économiques soient "mieux coordonnées et plus réactives" .

-  Quelques jours après, c’est Laurent Fabius qui y a proclamé à son tour le lamento sur son site Internet : il a précisé qu’il "combattra la politique absurde de l’euro cher et du laisser-faire libéral, responsable de nombreuses délocalisations" et également que "le pilotage économique et monétaire de l’Eurogroupe face notamment à la Banque centrale européenne devra être amélioré" .

-  Hier, 13 novembre, Jean-Pierre Chevènement nous a sorti un programme qu’il croit original alors qu’il est la copie conforme de tous les autres : il a en effet révélé que la priorité N°1 de son action, s’il était élu à l’Elysée, serait de "Relever la croissance et l’emploi dans la zone euro. En particulier, un mémorandum sur un gouvernement économique de la zone euro sera immédiatement transmis à Bruxelles et aux douze gouvernements concernés afin de proposer une réforme de la Banque Centrale et l’octroi de pouvoirs précis à l’Eurogroupe" .

-  Et aujourd"hui, 14 novembre, c’est le Premier ministre en personne qui se joint au choeur. Dominique de Villepin a en effet indiqué - d’ailleurs à juste titre - que les difficultés d’Airbus et de ses sous-traitants "sont aussi la conséquence d’un euro trop fort" par rapport au dollar, "qui pénalise notre industrie face à la concurrence américaine" . Et Dominique de Villepin a bien entendu proposé dans la foulée "que l’Union européenne se dote d’un bouclier monétaire et d’une véritable stratégie de change intégrant des objectifs de croissance, de protection de l’industrie et d’emploi" .

2°) CE QU’AUCUN RESPONSABLE NE VEUT AVOUER

On assiste donc ainsi à un spectacle aussi pathétique que dérisoire. Car si TOUS les responsables politiques - d’extrême droite, de droite ou de gauche - annoncent sur un ton martial que l’on va voir ce que l’on va voir, aucun ne précise que leurs belles promesses franco-françaises ne peuvent être suivies d’aucun effet concret. Il leur faudrait en effet obtenir pour cela l’accord des 12 autres pays membres de la zone euro, pour ne pas dire des 24 autres pays membres de l’UE.

Si la politique monétaire liée à l’euro est si néfaste à la France - ce que plus personne ne nie -, c’est parce qu’elle résulte d’un compromis nécessairement bancal entre un foisonnement d’intérêts nationaux contradictoires. Comme l’a fait aujourd’hui Dominique de Villepin, l’ensemble de la classe politique française réclame une baisse de l’euro sur le marché des changes, donc une baisse des taux d’intérêt.

Oui mais voilà : ailleurs, on exige de la BCE le contraire exact de ce que souhaitent les Français. Les Irlandais, par exemple, qui frisent la surchauffe économique, souhaitent une hausse des taux d’intérêt, ce qui arrange aussi plutôt les Néerlandais, les Autrichiens ou les Espagnols.

Ce que ne veulent pas voir les responsables politiques français - ou plus exactement : la vérité qu’ils cachent délibérément à leurs concitoyens - c’est qu’il est IMPOSSIBLE DE RENÉGOCIER LES TRAITES ET LE MODE FONCTIONNEMENT DE L’EURO.

Pourquoi ? Parce que les traités européistes ont toujours été obtenus à l’arraché, sont toujours des pis-aller entre des intérêts contradictoires, sont toujours des accords qui ne satisfont personne. Du coup, leur renégociation réelle, qui ne serait pas uniquement de façade, est totalement exclue car elle supposerait que certains de nos partenaires acceptent de rouvrir des débats conflictuels déjà clos, dans le seul objectif de pénaliser leurs intérêts.... afin de mieux satisfaire les nôtres.

Cette impossibilité totale à réformer les traités existants - et notamment l’euro - n’est pas une nouveauté. C’était déjà ce que réclamait Jospin et le PS en 1997 - et c’est sur ce point qu’ils ont d’ailleurs gagné les élections législatives en 1997. Moyennant quoi, Jospin et le PS ne parvinrent à rien renégocier du tout !

Quant à la volonté affirmée de "réformer les statuts de la BCE" et de créer un "gouvernement économique de la zone euro", cela fait au moins 5 ou 6 ans qu’on entretient les Français dans cette illusion.

CONCLUSION

Comme je ne cesse de le dire et de le pronostiquer depuis au moins 6 ans, l’EURO EST LE CANCER DE L’ECONOMIE FRANCAISE.

La vérité, la seule, c’est que TOUS les projets de « gouvernement économique de la zone euro » et de "réforme des statuts de la BCE" sont contraires à l’indépendance de la BCE inscrite dans les traités, que TOUS CES PROJETS ont été déjà maintes fois rejetés, à la fois par les dirigeants de la BCE et par une majorité de nos partenaires au sein de la zone euro.

Le temps est donc venu de se rendre à l’évidence. En parfait accord avec le RIF, je ne cesse de dire, depuis des mois et des mois, qu’il n’y a qu’une seule alternative :

-  soit on reste dans l’euro - et alors, la France et les Français seront obligés de subir la catastrophe de l’euro jusqu’à la fin des temps (ou plus exactement jusqu’à ce que des émeutes et des troubles violents fassent voler en éclats toute cette machinerie à appauvrir la France)

-  soit on en sort TOUT DE SUITE.

Notez bien que le RIF et moi-même sommes LES SEULS sur toute la scène politique française à proposer la sortie immédiate de l’euro. Et ne croyez pas les faux Prophètes du renoncement qui vous assurent que c’est impossible. En affirmant cela, ils vous mentent.

D’ailleurs, toute l’histoire récente l’a prouvé : ce sont par dizaines que de nouvelles monnaies sont apparues depuis une quarantaine d’années, à chaque fois qu’un nouveau pays accédait à son indépendance.

François Asselineau, Conseiller de Paris


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