Bombardier : Dommages collatéraux à l’UMP
Où l’on avale des couleuvres en faisant un concours de coups de menton
dimanche 12 novembre 2006
par Jean-Yves CREVEL
Quand une commande d’état de plus de 3 milliards d’euros part à un groupe nord-américain au détriment de son concurrent français, en pleine campagne électorale, cela déclenche un concert de protestations, tous se réclamant d’un patriotisme économique qui serait susceptible d’apporter des voix.

Comme il y aurait eu dans l’affaire deux poids, deux mesures, les contrats canadiens où Alstom était écarté, préférence nationale canadienne oblige, et le contrat français, où s’appliquent les sacro-saintes règles européennes de "concurrence libre et non faussée", cela créait une injustice supplémentaire.

Ce qui est extraordinaire dans les réactions qui ont suivi, c’est cette formidable contradiction : aucun de ceux qui se revendiquent du patriotisme économique, du gaullisme, de la restauration de l’autorité de l’état, y compris dans le domaine économique, n’a simplement constaté que c’étaient très exactement ces règles qu’avaient appliqué les Canadiens en écartant Alstom !

A l’inverse, tous ont déclaré (par exemple Nicolas Dupont-Aignan, le 25 octobre sur Europe, en compagnie de Valérie Pécresse : "Moi, j’accepte la concurrence internationale si elle est loyale. Parce que bien évidemment il ne s’agit pas de revenir sur des... On n’est pas l’Albanie !") que ce qu’ils jugeaient inacceptable, c’est qu’Alstom n’ai pu concourir aux marchés canadiens, ce qui revient à RECLAMER QUE LES REGLES EUROPEENNES S’APPLIQUENT EGALEMENT AU CANADA !

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit : il serait stupide d’en déduire que le Président du club gaulliste de l’UMP participe sciemment à la très efficace politique de contamination de l’économie mondiale des règles de la Commission européenne. NDA n’ayant pas fait de voyages de soumission à Bruxelles et Washington, il est forcément plus crédible que Sarkozy.

Il pourrait donc utiliser ce crédit pour démasquer le discours trompeur du président de son union, au lieu d’attendre que celui-ci le déborde sur le thème "plus gaulliste, tu meurs !"

Regardez attentivement le discours-fleuve de Sarko à Saint-Étienne :

"Je ne suis pas venu vous dire que l’Etat n’a pas d’autre avenir que de s’occuper de la police, de la justice, de la diplomatie et de la défense, en regardant passivement le marché s’occuper de tout le reste. Cela n’existe nulle part au monde. Allez voir aux Etats-Unis ! Allez voir au Japon ! Allez voir en Chine ou en Corée du sud ! Y aurait-il donc une fatalité française ou européenne à ce que l’Etat ne puisse plus rien alors qu’il peut partout ailleurs dans le monde ?

La vérité, c’est que la mondialisation exige un Etat fort, une cohésion sociale et territoriale forte, une identité collective forte. Si nous voulons être forts dans la mondialisation, nous ne devons renoncer à rien de cela."

Ensuite Sarkozy enchaîne sur le sempiternel couplet culpabilisateur : travailler plus, réduire le déficit, les charges, etc.

EN ESCAMOTANT COMPLETEMENT L’EUROPE !

Pourtant tout le monde le sait, et les deux Nicolas en tête, que si comme le dit Sarko, partout sur la planète, les états ont compris qu’il fallait intervenir dans l’économie à chaque fois que c’était nécessaire, si la France ne peut pas le faire, c’est parce qu’elle est prisonnière de l’Europe et de ses règles de "concurrence libre et non faussée". Mais ça Sarkozy s’interdit de le dire parce qu’il est soumis au néolibéralisme mondial. NDA, lui, devrait pourvoir le dire, en n’étant pas soumis à Sarkozy.

Ce que les gaullistes doivent faire est pourtant très simple, cela consiste A DIRE LA VERITE SUIVANTE :

Il n’y a que deux politiques possibles :

-  Soit-on reconnaît qu’il est totalement illusoire pour la France d’espérer convaincre ses 24 (bientôt 26) partenaires européens de changer à 180° la politique néolibérale et atlantiste de l’Union, on accepte les règles européennes et on se condamne à l’inaction, en espérant pouvoir se dédouaner devant ses électeurs par quelques gesticulations, en espérant convaincre nos adversaires de nous lâcher quelques miettes pour nous permettre de sauver la face et ainsi calmer le peuple qui subit toujours et encore.

-  Soit-on agit par soi-même, ce qui implique de s’affranchir du carcan européen, sans demander la permission à quelque puissance étrangère, de renouer avec la France gaulliste des trente glorieuses, fière, bâtisseuse, prospère et indépendante.

Voilà le vrai clivage, celui qui traverse tous les autres, totalement désuets :

-  Les Français soumis : on les trouve majoritairement parmi les élites politico médiatiques, là où la gamelle est bonne.

-  Les Français insoumis, très largement majoritaire dans le pays, mais quasiment inexistants politiquement.

Demain, cela peut et doit changer : que les gaullistes, les souverainistes, les républicains commencent par se rassembler, évidemment en se libérant des partis qui continuent de vouloir soumettre la France, et ils créeront un mouvement potentiellement majoritaire.


Encore plus instructif que le discours de Saint-Etienne :

Interview de Valérie Pécresse et Nicolas Dupont-Aignan du 25 octobre : (Cliquez sur 25, puis sur "Ecoutez l’émission")

Discours de Nicolas Sarkozy à Saint-Etienne

Post-scriptum :

Dernier développement de l’affaire : Alstom ayant obtenu que "la part exécutée par Alstom est estimée à environ un tiers du contrat global et sera mise en oeuvre dans des conditions de marge raisonnable" a retiré sa procédure en référé contre Bombardier, introduite au motif que "Bombardier aurait profité de contrats obtenus sans appel d’offres au Canada, notamment pour les métros de Montréal et Toronto, pour proposer des prix inférieurs sur les marchés étrangers."

Imagine t-on un seul instant qu’un juge des référés, juge de l’apparence qui s’interdit de statuer sur le fond, aurait pu prendre en considération en quoi l’évincement d’Alstom des marchés canadiens aurait créé un avantage manifestement illicite à Bombardier sur le marché de l’Ile de France ? Tout jugement favorable à Alstom aurait créé une jurisprudence tendant à interdire aux entreprises non européennes l’accès au marchés de l’Union dès lors que leurs pays d’origine n’appliquaient pas les règles européennes de concurrence libre et non faussée. Le sujet était réellement explosif ! Rien de surprenant dans ces conditions qu’un accord amiable ait été trouvé.

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