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10.05.2010

Euro : Les banquiers n’ont pas tous les torts

equilibre.jpgIl y a un an, c’était le grand crack. Les Etats avaient cherché du fric tous azimuts, empruntant des sommes colossales. Le système avait tremblé, mais avait tenu. On dessinait déjà les plans d’un nouveau capitalisme, avec des banquiers faisant de vrais prêts pour de vraies affaires, avec des taux correspondant juste pile poil aux risques qu’ils prennent. Et bien sûr, leurs rémunérations devenaient sages.

 

Un an plus tard, le même scénario se dessine sous nos yeux. Jusqu’où cela ira-t-il ? Le système tiendra-t-il ? Et à quel coût ? Ce weekend, nos dirigeants ont travaillé dur à Bruxelles, et les ministres des finances sont encore à pied d’œuvre ce dimanche soir en attendant l’ouverture des premiers marchés en terre asiatique. Il sera tôt demain, et on attendra les nouvelles : Tokyo, et son décisif indice Nikkei, mais aussi Hong-Kong, Taiwan, Seoul, Singapour et Sydney. C’est le village planétaire de la finance,…dont nous ne sommes pas les héros.

 

La réponse européenne, c’est d’abord le soutien affiché à la Grèce, mais c’est aussi un pari vu l’ampleur de la cure imposée aux Grecs. C’est ensuite ce fonds européen de gestion de crise : la commission peut s’endetter jusqu’à soixante milliards d’euros, avec la garantie des Etats-membres, et les fonds empruntés sont prêtés aux Etats dans le besoin, à un niveau tel qu’ils puissent se défendre face aux spéculations à la perte.  equilibriste.jpg

 

Bon, c’est sûrement très compliqué, mais c’est ni plus ni moins une garantie de caisse. Justement ce qu’on avait refusé d’instaurer dans le Traité européen, pour inciter les pays de la zone euro à une saine gestion. Oui, mais bon : nécessité fait loi.

Pour créer ce fonds, car tout passe par le droit, on a recours à l'article 122-2 du Traité européen qui  prévoit : « Lorsqu'un État membre connaît des difficultés ou une menace sérieuse de graves difficultés, en raison de catastrophes naturelles ou d'événements exceptionnels échappant à son contrôle, le Conseil, sur proposition de la Commission, peut accorder, sous certaines conditions, une assistance financière de l'Union à l'État membre concerné ». Nous voici au moins blindés juridiquement. Blindés ? Rien n’est moins sûr. Car l’objet de ce texte n’est pas d’instituer un fonds monétaire européen qui  n’ose pas dire son nom. Ce système existe pour les pays européens hors zone euro, mais il avait été écarté pour la zone euro, au motif que la condition de la stabilité de la monnaie commune était la rigueur budgétaire. Le cap était clair. Il fallait que les Etats limitent le recours à l’emprunt pour ne pas se mettre à la merci des mouvements bancaires, qui n’ont rien d’altruistes. On est loin de cette rigueur, ce qui justifie la lecture très compréhensive de l’article 122-2, et montre que tous les torts ne sont pas du côté des banques.

posture_equilibre.jpgLa gestion publique ne résume pas la crise, loin de là. Mais sur ce plan, c’est tout de même très mauvais.

La référence, c’est 3% du produit intérieur brut PIB. Un chiffre qui peut être discuté, qui est trop quantitatif et pas assez qualitatif, certes. Mais ces débats sont loin.  Pour 2009, le déficit public français (Etat, comptes sociaux, collectivités locales) a atteint 7,9 % du PIB.  138 milliards d'euros ! Un chiffre à mettre en relation avec l’immense effort européen qui crée de fonds de secours de 60 milliards...  Le montant total de la dette ne devait pas excéder 60% du PIB. Fin 2009, nous en étions à 77,6%, soit un montant de 1 489 milliards d’euros, en hausse de 31,7 milliards pour le dernier trimestre. Cela représente des intérêts à payer pour plus de 55 milliards d’euros par an. C’est-à-dire un peu plus que le produit de l’impôt sur le revenu. Alors, s’il n’y a pas lieu d’être un psychomaniaque de l’équilibre budgétaire, le constat est que les finances publiques filent, et renforcent notre dépendance à l'égard des banques. Et la France n'est pas le pays le plus mal loti.

Les finances sont faibles, mais le pouvoir est fort… On aimerait. Je passe sur la prise de décision en Europe, avec la triple présidence d’Herman Van Rompuy, de José Manuel Barroso et de José Luis Zapatero. Limpide et efficace ! Et les Etats ? Gordon Brown débarqué et l’alliance des vainqueurs qui peine à se former, Angela  Meckel en minorité au parlement, les belges sans gouvernement, Berlusconi lunaire et Sarko à 30% !

Bon, allez les amies et les amis, pas de déprime. L’Europe a des atouts, une vraie force économique, et c’est une grande société…  En somme, il y a une Europe vivante, mais avec des finances en vrac et des gouvernements au sanatorium.

On s'accroche, ça va passer...

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02.05.2010

Les Grecs vont-ils accepter ?

SANT03_119-voyages-grece.jpgC’est la révolution en Grèce ! Comment les Grecs vont-ils tenir le coup ? 110 milliards d’euros, c’est acquis, et c’est pour éviter la cassure bancaire – la faillite –  avec ce qu’auraient été ses effets en chaîne. Mais quelle cure pour la société grecque, dans une économie chancelante... Et si la société bloque, c’est la finance qui  étranglera. Un défi pour les instances européennes.

Jolis graphiques à la main, l’exercice consiste à faire tomber le déficit budgétaire de 13,6 % du Produit intérieur brut (PIB) en 2009 à 8,11% en 2010, pour atteindre 3% en 2014.

Les 110 milliards prêtés, c’est pour assurer la trésorerie. Car pour le reste, c’est aux Grecs d’assumer, avec un schéma assez classique : diminuer les dépenses et augmenter les recettes. Jamais simple, mais là, les chiffres sont impressionnants. Pour 2010, on attend une baisse du PIB de 4% et pour l’an prochain de 2,6%, avec l’espoir d’un retour à la croissance en 2014.

Economies dans le secteur public

Salaires gelés jusqu'en 2014santorini3.jpg

Primes du 13e et 14e mois (Noël et Pâques) supprimées pour les salaires supérieurs à 3.000 euros par mois et plafonnées à 1.000 euros pour les salaires inférieurs à 3.000 euros par mois, alors que ces primes avaient déjà été réduites de 30% dans le cadre des précédentes mesures annoncées en mars.

Réduction de 8% des diverses et substantielles indemnités des fonctionnaires, déjà diminuées de 12% en mars.

Baisse des investissements publics de 1,5 milliard.

Réduction des dépenses de fonctionnement de l'Etat de 1 milliard.

Augmentations de la fiscalité

Taux de TVA, passé en mars de 19 à 21, relevé à 23%.

Nouvelle augmentation de 10% des taxes sur les carburants, l'alcool et le tabac.

Impôt exceptionnel sur les sociétés les plus rentables.

galerie-membre,grece-santorin,photo-santorin-03.jpgHausse de la fiscalité immobilière.

Création d'un impôt sur les constructions illégales.

Instauration d'une série de nouveaux impôts, notamment des taxes « vertes » et sur les jeux d'argent.

Le secteur privé

Révision de la législation interdisant aux sociétés de licencier plus de 2% de leurs effectifs totaux par mois.

Modification des règles régissant les indemnités de départ.

Mise en place d'un nouveau salaire minimum  applicable aux jeunes et aux chômeurs de longue durée.

Régimes de retraite

Retraite pleine à partir d'une durée de travail de 37 ans, puis de 40 ans en 2015.

Réduction du nombre de départs anticipés à la retraite, avec comme objectif d’interdire ces départs avant 60 ans.

Révision de la base de calcul des retraites, la référence devenant le salaire moyen de la totalité des années travaillées et non plus le dernier salaire.windmill-oia-santorini.jpg

Réformes structurelles

Libéralisation des marchés des transports et de l'énergie

Ouverture des professions fermées

*   *   *

Bref, le plus difficile commence. Y avait-il d’autres voies ? Je suis bien trop incompétent en économie pour le dire, mais ce que je sais, c’est que nos amis grecs ont un sacré rendez-vous avec le réel.

Rainer Brüderle, le ministre de l'Economie allemand, avertit déjà : « De même que l'Allemagne et les citoyens allemands s'impliquent en faveur de la stabilité de la zone euro, j'attends maintenant du gouvernement grec, qu'il mette en œuvre rapidement, avec détermination et de façon crédible, à la virgule près, le plan d'austérité négocié avec le FMI et l'Union européenne ».

Première réponse ce mercredi, avec un grève nationale.

Pour ma part, je m’engage à un acte fort de solidarité, par une virée en Grèce à la première occasion.

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28.02.2010

CEDH : La loi anti-burqa peut aller se rhabiller

Tchao la loi anti-burqa, et c’est la CEDH qui le dit. Les tenues religieuses dans l’espace public ne peuvent être interdites que si elles s’accompagnent d’un prosélytisme abusif, entendu comme des pressions effectives sur les passants. Après cet arrêt de la CEDH du 23 février 2010 (Ahmet Arslan et autres c. Turquie, Requête no 41135/98), le projet de loi anti-burqa ne vaut plus grand chose...

 

 

Une tenue peu orthodoxe

 

Liberte.pngAh, les Turcs… Ils pourraient se contenter de fabriquer des Renault Clio, mais non, ça ne leur suffit pas. Ils créent en plus des groupes religieux, comme en 1986, le Aczimendi tarikatı, suivant les préceptes de son chef, Müslim Gündüz. Le 20 octobre 1996, nos amis du Aczimendi tarikatı se rendent à la mosquée Kocatepe d’Ankara pour une cérémonie religieuse, en portant la tenue caractéristique de leur groupe : un turban, un « salvar » (saroual) et une tunique, tout en noir, et munis d'un bâton, tenue qui pour eux traduit la fidélité au Prophète. Tout le monde à Ankara ne parait pas d’accord. Surviennent des incidents, et nos amis se retrouvent en garde à vue, puis en détention provisoire.

 

Le 2 décembre 1996, le Parquet engage une procédure devant la Cour de sûreté de l'Etat d'Ankara. Première audience le 8 janvier 1997, et là les choses se compliquent. Nos amis comparaissent vêtus de leur tenue, mais çà, c’est forbidden : violation de la loi no 671 du 28 novembre 1925 relative au port du chapeau et loi no 2596 du 3 décembre 1934 sur la réglementation du port de certains vêtements, qui interdit le port de certaines tenues religieuses dans les lieux publics ouverts à tous comme les voies ou places publiques en dehors des cérémonies religieuses.

 

Dans un premier temps, le Parquet poursuit pour l'épisode devant la cour, mais finalement l’infraction est retenue pour le port de cette tenue dans les rues d’Ankara, lors de la manifestation qui a conduit à l’arrestation. Et nous voilà avec une affaire de port d'une tenue religieuse dans l’espace public. C’est cette question qui s’est trouvée soumise à la CEDH, après le rejet d’une série de recours internes.

 

 

Les limites de la liberté de religion

 

freedom_equality_justice_sculpture_photosculpture-p153691449728083067qdjh_400.jpgLe raisonnement de base est bien connue : il s’agit d’une ingérence de l’Etat dans les choix religieux personnels, qui est possible sous condition. La Cour  doit rechercher si cette ingérence poursuit un but légitime, et si elle est proportionnée à ce but, les motifs invoqués devant être « pertinents et suffisants ». Pas de doute que la défense de la laïcité est un but légitime. En revanche, il faut apprendre à manier la raison proportionnée. Ni la loi, ni le juge ne peuvent qualifier la pertinence religieuse de cette tenue, justement car elle est portée en fonction de croyances religieuses. Ils peuvent seulement en limiter la manifestation publique, quand celle-ci porte atteinte à l’ordre public. Sphère publique contre sphère privée, c’est la laïcité expliquée aux enfants. La croyance se manifeste nécessairement dans l’espace public, car la liberté  limitée à la conviction intime serait le déni de la liberté.

 

Les juridictions turques se sont arcboutées sur les dispositions légales. « La loi, c’est la loi ». Sauf, que ça, ça ne marche plus, car toute loi doit être analysée dans le contexte global de la défense des libertés fondamentales. Devant la CEDH, le Gouvernement a infléchi l’argumentaire, soutenant que l'application de ces lois avait pour but « de faire respecter les principes laïcs et démocratiques de la République et d'empêcher des actes de provocation, de prosélytisme et de propagande de la part des requérants ».

 

On croirait entendre les préceptes du duo infernal Gerin/Raoult. Mais la CEDH sort son super Gilette à trois lames pour régler le sort de ce petit poil disgracieux.

 

 

La raison proportionnée

 

cms_eaw_1_6_justice.jpgPremière lame. Nos amis ont été sanctionnés en tant que simples citoyens. Rien à voir avec l’obligation de discrétion des fonctionnaires dans l'expression publique de leurs convictions religieuses, pour laquelle la Cour reconnait une grande marge d’appréciation aux Etats, en fonction de leurs textes et traditions. Le rôle de la Cour n’est pas d’imposer des modèles, mais de déterminer des limites et des garanties. (Arrêt Vogt c. Allemagne, 26 septembre 1995, et Dahlab c. Suisse, 15 février 2001).

 

Deuxième lame. La tenue était portée dans des lieux publics, ouverts à tous. La CEDH a admis que dans des établissements publics, le respect de la neutralité puisse primer sur le libre exercice du droit de manifester sa religion. C’est la solution retenue dans l’affaire Leyla Şahin, à savoir le port du foulard islamique sur des campus universitaires. L’interdiction prononcée par le président de l’Université avait été reconnue comme légitime pour tenir compte de l’activisme de certains groupes sur le campus et de la nécessaire protection des minorités.

 

Troisième lame. La façon dont les requérants ont manifesté leurs croyances par une tenue spécifique ne constituait pas une menace pour l'ordre public ou une pression sur autrui. En effet, les requérants s'étaient réunis devant une mosquée, dans la tenue en cause, dans le seul but de participer à une cérémonie à caractère religieux.

 

Ah, le fameux prosélytisme ! La Cour a démontré, et depuis longtemps (Kokkinakis c. Grèce, 25 mai 1993) que le prosélytisme de bon aloi, qui vise à promouvoir ses convictions religieuses, est inhérent à la liberté de religion, comme élément d’exercice et condition de la liberté de changer de religion. Le prosélytisme ne peut être sanctionné que s’il devient abusif. Il faut donc prouver. Or, nos amis n’avaient pas tenté de faire subir des pressions abusives aux passants dans les voies et places publiques. Il manifestaient seulement leur désir de promouvoir leurs convictions religieuses.

 

Alors, tombe la sentence : « Dès lors, la Cour estime qu'en l'espèce la nécessité de la restriction litigieuse ne se trouve pas établie de manière convaincante ». L’interdiction des signes religieux dans l’espace public n’est possible que dans un contexte de prosélytisme abusif.

 

 

Reste-t-il une place pour l’interdiction légale de la burqa ?

 

_wsb_487x392_DOUBLE+SENS+INTERDIT+vide+fc93.jpgSur le plan technique, une jurisprudence de la CEDH n’interdit pas le vite de la loi. Nos vaillants parlementaires peuvent voter les lois qu’ils veulent, dès lorsqu’il se trouvent une majorité. Mais dans une société civilisée, comme la société européenne, la loi votée n’est pas encore le droit, car existent des garanties contre les lois qui dérapent.

 

Il y a d’abord le Conseil constitutionnel. Pour éviter la censure, le plus simple est d’éviter le Conseil. C’est ce qui avait été fait pour la loi sur le foulard dans les écoles. Mais maintenant, le schéma est plus complexe, car les citoyens poursuivis devant les tribunaux pourront, à partir du premier mars, demander au juge de saisir directement le Conseil constitutionnel (Nouvel article 61-1 de la Constitution). 

 

Ensuite, on trouve le droit européen. Attention, je ne dis pas « la CEDH » mais « le droit européen ». Car l’arrêt Ahmet Arslan du 23 février 2010 a valeur de règle jurisprudentielle. La loi n’est pas une donnée formelle mais substantielle. Elle comprend le texte écrit et la jurisprudence. En résumé, la « loi » est le texte en vigueur tel que les juridictions compétentes l'ont interprété (CEDH, Sunday Times c. Royaume-Uni, 26 avril 1979). Si la loi est votée, et non soumise au Conseil constitutionnel, le droit européen sera opposé comme moyen de défense dans la première procédure. Et si le juge français ne retient pas l’argument, il faudra alors saisir la CEDH, avec un résultat un peu acquis d’avance, ou le Comité des Droits de l’Homme de l’ONU, compétent au titre du Pacte sur les droits civils et politiques de 1966.

 

Alors, il n’y a rien à faire ? Pile l’inverse. Simplement au lieu de voter des lois idiotes et contraires aux libertés, il faut se placer sur le terrain de la conviction, de la politique, de la transformation sociale… Oui, mais c’est plus compliqué que faire du consensus social sur le dos de 400 personnes en brandissant des grands principes désarticulés.

 

L’arrêt de la CEDH va énerver les  crispés de la laïcité, qui ont inventé un modèle hors sol. C'est dommage, car il devrait conduire à une vraie réflexion sur les abus du pouvoir politique, qui avec mille prétexte fameux, cherche à modéliser les comportements individuels et inculquer la culture de la soumission. Pas de doute : ce qu’il faut défendre, c’est la capacité à penser par soi-même.

 

 

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26.01.2010

Un Turc préside l’Europe

3271109891_802bcb4d54.jpgLa Turquie fait-elle partie de l’Europe ? Jamais de la vie, ma chère, c’est un autre continent, une autre société, une autre religion, une autre vie politique, un autre industrie, une autre littérature, une autre cuisine, … Une autre tout, et donc sûrement pas de la Turquie en Europe.

 

Bon. Sauf que c’est un peu compliqué depuis hier. Car, incroyable de chez incroyable, eh bien figurez vous qu’un drôle de truc est survenu, à savoir qu’un Turc a été élu président de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe. Aaargh !  

 

Comme vous, j’ai cru à un gag. Mais le nouveau président réunit tous les stigmates du Turc.

 

D’abord, son nom : Mevlut Çavusoglu. Non, mais franchement, avec un nom pareil, moi je lui demanderais bien ses papiers. On n'est jamais trop prudent.

 

Ensuite, le susnommé se présente comme député turc et cofondateur du Parti Justice et Développement (AKP). Mais où vont-ils chercher çà ! Justice et développement, alors que toute leur action, c’est injustice et régression, chacun le sait. La preuve ? Notre belle et généreuse France est obligée d’aller fabriquer des voitures dans ce pays pour lui donner une chance de développement, et au passage un petit cours de justice, avec l’excellent Besson Eric, sur le thème : comment signer des arrêtés violant les engagements internationaux de la France et les annuler dans les 48 heures, quand les juges ont dit qu’ils étaient nuls ? mevl%C3%BCt-%C3%A7avu%C5%9Fo%C4%9Flu.jpg

 

Après, ça s’empire, et je conseille aux âmes sensibles de s’éloigner. Mevlut Çavusoglu est diplômé en relations internationales et en sciences économiques des universités d'Ankara, de New York et de Londres, et… il siège à Strasbourg au sein du Groupe des démocrates européens. Diplômé et démocrate : je tremble !

 

Et, catastrophe, Mevlut Çavusoglu a en plus le sens de l’humour. Il déclare sa fierté, « Je suis fier d'être le premier Turc à présider cette assemblée », avant d’ajouter : « Je suis aussi le plus jeune et le plus dégarni ». Eh, oui, car notre nouveau président n’a que 42 ans et le crâne luisant comme un œuf. Il conclut : « Nous nous sentons plus européen que jamais. Depuis deux millénaires, la Turquie est un pont entre les peuples d'Europe, des terres gelées d'Arctique aux plages ensoleillées des pays du Sud ». C’est parti pour un mandat de un an, renouvelable une fois.

 

turquie-ue-1.jpgPoursuivons l’enquête. Si un Turc préside une assemblée européenne, il n’est pas impossible que la Turquie en soit membre. Bingo. C’est d’hier, ou presque. Le Conseil de l’Europe a été créé le 5 mai 1949, et la Turquie a adhéré le 9 août 1949. Alors, savoir si la Turquie a vocation à rejoindre une instance européenne… ça ne paraît pas totalement impossible, car c’est le cas depuis 61 ans.


Après la 2° Guerre Mondiale, tout ceux qui respiraient le même air européen ont pensé qu’il était urgent de construire l’Europe. Rapprochons les pays pour lier prospérité et défense des droits fondamentaux. D’autant plus nécessaire que le bloc de l’Est amenait, pour le coup, un air froid et peu sympathique. Deux voies ont été utilisées. La première était directement opérationnelle, fondée sur les échanges économiques, avec la CECA (Communauté européenne du Charbon et de l’Acier), Euratom, et le traité de Rome de 1957 sur la Communauté européenne, qui allait devenir l’Union européenne du Traité de Lisbonne en 2009. L’autre était à la fois plus ambitieuse et plus dans la projection : le Conseil de l’Europe, qui avait pour mission le défense des droits de l’homme et des libertés démocratiques. C’est au sein du Conseil de l’Europe qu’a été adoptée la Convention européenne des droits de l’homme, l'un des ciments du sentiment européen. 04_10_11_turquie.jpg

 

L’Assemblée du Parlement du Conseil de l’Europe, qui regroupe 318 parlementaires, a essentiellement un rôle d’influence, avec la capacité de conduire des enquêtes, et de voter des recommandations et des résolutions, adressées au Comité des Ministres, qui est l'exécutif du Conseil de l’Europe. De longue date, l’Assemblée milite pour sa réforme, et Mevlut Çavusoglu s’est engagé à conduire cette évolution.

 

Quant à son engagement européen, ça a de l’allure : « Nous devons bâtir notre maison commune européenne sur une société ouverte, qui respecte la diversité et refuse l'exclusion, refuse la discrimination, refuse la peur et refuse la haine. Les migrations doivent être considérées comme une chance, et non pas comme une menace. Il est de notre devoir d'intensifier le dialogue interculturel et interreligieux. Nous devons éradiquer le racisme, la xénophobie, l'antisémitisme, l'islamophobie, et toutes les craintes irraisonnées qui conduisent à la discrimination et à l'intolérance ».

 

L’Europe à la sauce turque ? Quelle sauce turque ? Juste quelques épices…

 

 

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22.01.2010

CEDH : La France condamnée pour son inaction en Corse

132unvillagecorse.jpgLa France condamnée par la CEDH pour ne pas exécuter des décisions de justice en Corse. Ou comment les juges de Strasbourg viennent chatouiller les pieds de Napoléon Bonaparte …

En langage européen, on dit « huit ressortissants français résidant en France ». Donc, des Français. Tous les huit, nés entre  1923 et 1945 vivaient dans les années 1950 dans les départements français d’Algérie.

Tous avec des histoires différentes, mais proches. A son retour d’Algérie, l’un d’eux avait bénéficié du dispositif légal de réinstallation et avait acheté 36 hectares de maquis corse. Une autre famille arrivée d’Algérie avait acquis, via une société civile, plus de 1 000 hectares. D’autres étaient propriétaires par héritage, de leur mère. Tous étaient devenus propriétaires entre 1959 et 1965, et avaient fait de ces terres corses un domaine agricole et viticole. 

Ca a tenu,… puis ça s’est gâté. Ces terres furent illégalement occupées par la Coordination rurale, le Syndicat corse de l’agriculture, un agriculteur corse soutenu par des militants nationalistes et le Centre des jeunes agriculteurs de Haute-Corse. Le tout accompagné de tracts avec menaces physiques. Le dossier laisse aussi apparaitre un attentat à l’arme automatique et à la grenade. Plusieurs terrains furent l’objet de dégradations sympathiques, du genre vol et incendie, sur fond d’occupation illicite.

D’où l’appel à la justice, qui prononça des mesures d’expulsion le 19 avril 1983, le 9 avril 1998 et le 22 novembre 2000.

Les huissiers  débarquèrent et reçurent en retour un magnifique bras d’honneur,… avec de nouvelles dégradations,… justifiant de nouvelles plaintes… cette fois-ci classées sans suite. Un procès-verbal de gendarmerie de septembre 2007 confirmait l’occupation illégale, mais elle précisait qu’elle avait été brève et que les terrains étaient en friche.corse001-800x600.jpg Ah, le drame de la myopie chez les poulets...

Et dans la foulée, le préfet de Haute-Corse a refusé le concours de la force publique pour mettre en œuvre les jugements d’expulsion, vu le risque de trouble à l’ordre public. Admirons ce résumé de la CEDH : « L’occupant sans titre étant soutenu par un syndicat à forte connotation politique et ayant manifesté sa volonté de rester sur les lieux, avec la possibilité de mobiliser des proches parents et sympathisants ». Donc, un autre magnifique bras d’honneur au préfet.

Le préfet refusant d’exécuter une décision de justice, le tribunal administratif de Bastia a condamné l’Etat à indemniser : 989 310 euros en avril 2009.

Alors que cette procédure était en cours, les propriétaires virés de chez eux ont saisi la Cour européenne des droits de l’homme, en visant l’article 1 du Protocole n° 1, qui protège le  droit de propriété.

Qu’ont dit les sept juges composant la Cour ? C’est cinglant. Voici in extenso le texte publié par le greffe (RP, Barret, Sirjean et autres c. France, requêtes n° 10271/02, 13829/03  et 28440/05).

« Depuis les décisions définitives en faveur des requérants, les autorités n’ont rien entrepris pour faire libérer les terres illégalement occupées.

38372_2022478960_1_450.jpg« Si la Cour est consciente des difficultés rencontrées par les autorités françaises pour renforcer l’État de droit en Corse, elle estime que les arguments avancés par le Gouvernement ne constituent pas un motif légitime, sérieux et suffisant pour justifier la carence des autorités, qui avaient l’obligation de protéger les intérêts patrimoniaux des requérants. La Cour constate que les autorités n’ont pas cherché de solution alternative mais ont simplement refusé d’exécuter les mesures judiciaires.

« Les autorités se devaient de prendre rapidement toutes les mesures nécessaires pour que les décisions de justice soient respectées et que les requérants retrouvent la pleine jouissance de leurs biens. La Cour estime qu’en l'absence de toute justification d'intérêt général, leur inaction a abouti à une sorte d'expropriation privée dont les occupants illégaux se sont  retrouvés bénéficiaires. En laissant perdurer une telle situation, les autorités ont encouragé certains individus à dégrader en toute impunité les biens des requérants et ont laissé s’installer un climat de crainte et d’insécurité non propice au retour des requérants.

« Ce type de situation témoigne de l’inefficacité du système d'exécution et comporte le risque d'aboutir à une forme de " justice privée " néfaste à la confiance du public dans le système juridique.

« Ainsi l’équilibre entre les exigences de l’intérêt général et la protection des intérêts patrimoniaux des requérants a été rompu, en violation de l’article 1 du Protocole n° 1 ».

Et la Cour a alloué une série de mesures d’indemnisation, qui s’ajoutent à celles prononcées par le juge français.

Justice privée… Un bâche, que je dédie aux encravatés en costume bleu sombre qui nous serinent sur la nécessaire réponse pénale à toute forme de violence, et j’invite Sarko et Hortefeux à prendre le premier vol easyjet sur la Corse pour nous offrir une récital de Karcher sur le perron du tribunal administratif de Bastia. Ca sera d'un chou…

12.06.2009

La Russie encore condamnée pour ses crimes en Tchétchénie

2007-05-23T124124Z_01_NOOTR_RTRIDSP_2_OFRWR-RUSSIE-TCHETCHENIE-AMNESTY-20070523.jpgL'arbitraire contre une population : arrestations par des milices contrôlées par les militaires, tortures, exécutions sommaires. Nous sommes en Europe, au 21°siècle,... en Tchétchénie.

Abu Khasuyev, 23 ans, était chez lui à Urus-Martan, en Tchétchénie, le 30 août 2001, avec son épouse et sa petite fille. Une maison a priori sûre, située à proximité d’un poste de contrôle militaire russe. En début d’après-midi, une dizaine d’hommes armés et masqués, en tenue de camouflage, parlant le russe sans accent, investissent  la maison, et embarquent le jeune père de famille. Tous sont partis dans un véhicule aux vitres teintées dépourvu de plaque d’immatriculation. Depuis, plus aucune nouvelle.

Une enquête officielle se poursuit, et la police russe recherche activement les ravisseurs…

La mère du disparu a saisi la Cour européenne des droits de l’homme, qui vient de se prononcer  par un arrêt de ce 11 juin (Khasuyeva c. Russie, n° 28159/03).

La Cour estime que la mère a présenté un récit cohérent et convaincant de l’enlèvement de son fils, corroboré par des témoins.

Elle a relevé que :9782283019382.jpg

-          les auteurs de cet acte agissaient comme des personnes conduisant une opération de sécurité, qu’ils étaient masqués,

-          ils portaient des uniformes de camouflage,

-          ils étaient équipés d’armes automatiques,

-          ils parlaient russe.

Pour la Cour, il est tout à fait crédible que les militaires russes soient en cause du fait que cet important groupe d’hommes armés en uniformes ait pu se déplacer librement en véhicules motorisés en face d’un poste de contrôle militaire et arrêter un père de famille à son domicile. D’ailleurs, l’enquête menée par les autorités russes laisse entendre que l’armée était impliquée dans cet enlèvement - difficile de faire moins - mais pour dire qu'il s'agit d'abus commis par des éléments incontrôlés. Tu parles... Aussi, la Cour européenne considère qu’il y a lieu de « présumer qu’Abu Khasuyev a trouvé la mort à l’issue d’une détention non reconnue aux mains de militaires russes. »

Le fait que le Gouvernement russe ait refusé de communiquer l’intégralité des documents versés au dossier d’instruction confirme cette réalité. La Cour dénonce une enquête incomplète et insuffisante, aucun progrès n’ayant été accompli en six ans. En n’effectuant aucune enquête sérieuse, les autorités russes on violé droit au respect de la vie (Art. 2 de la Convention).

De même, laisser les familles dans ce déni de justice constitue un traitement inhumain contraire à l’article 3.

Enfin, les autorités russes sont déclarées responsables d’une détention non reconnue, dénuée de toute garantie, ce qui est qualifié par la Cour de violation particulièrement grave du droit à la liberté et à la sûreté consacré par l’article 5 de la Convention.

Quelle violence réservée à ce peuple tchétchène…

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09.04.2009

Hadopi : Et maintenant avale ta loi !

Quand on pense que s’il y avait une guerre, ce sont les mêmes qui mèneraient les troupes au combat, il y a de quoi se faire du mouron…

La manœuvre Hadopi va devenir célèbre dans les écoles militaires.

1.       Se fixer un objectif impossible à atteindre231417_13TEDS2511L3XFHJGQ4Z76T1YKY2QW_212418_pfsppsq45jh5k6cjzhs8sjf8f3rej4_1238_h162204_l_H214842_L.jpg

2.       En faire une affaire d’Etat

3.       Ne tenir aucun compte des avis autorisés, genre Conseil d’Etat ou instances européennes

4.       Choisir des appuis d’opinion fragiles et inconsistants

5.       Ne croire qu’en son drapeau et en ses trompettes

6.       Patauger dans des manœuvres illisibles

7.       Se faire abandonner par ses troupes

8.       Prendre une raclée de la part d’un adversaire plus faible en nombre

9.       Annoncer qu’on va vite remettre ça.

Pour la seconde bataille, tous les fantassins seront appelés à la rescousse, selon le code militaire qui préside aux destinées du groupe UMP à l’Assemblée, avec quelques exécutions sommaires par privation d’investiture pour les récalcitrants.

musclor2.jpgMais force restera au législateur, car le plus imbécile des textes peut être voté par le plus moutonnier des groupes politiques, qui redoute trop le coup de bâton du berger. Un club de clowns.

Dans l’immédiat, saluons la liberté. La loi Hadopi résulte d’une vision rétrécie de la vie, et se nourrit de cette philosophie politique funeste qui met en avant les abus de quelques uns pour mettre tous les autres sous contrôle. Un gouvernement apeuré invente des gendarmes célestes voués à adorer le Dieu Surveillance, dans un temple sans fondation et sans issue, Hadopi. Mais, l’aventure commence mal : les troupes d’élites se prennent les pieds dans le tapis, et se ramassent un gamelle mémorable lors d’une séance de sport en salle.

Alors, à nos législateurs en culotte courte, à notre ministre genre reine du comice, à notre président qui préside tout, et donc ne préside rien, j’offre avec plaisir ces quelques mots du célèbre poème d’Antonin Arthaud, issu de la « Lettre à monsieur le législateur de la loi sur les stupéfiants ». Le grand poète stigmatisait le pouvoir imbécile du législateur qui prétendait régler la vie et la liberté des personnes par des règlements et des formules. Vote une loi idiote : elle se retournera contre toi.

« Rentrez dans vos greniers, médiocres punaises, et toi, Monsieur le Législateur Moutonier, ce n’est pas par amour des hommes que tu délires, c’est par tradition d’imbécillité. Ton ignorance de ce qu’est un homme n’a d’égale que ta sottise à le limiter. Je te souhaite que ta loi retombe sur ton père, ta mère, ta femme, tes enfants, et toute ta postérité. »

« Et maintenant, avale ta loi. »

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08.04.2009

Européennes : Votez Turquie !

media_xl_891064.jpgObama vient de sauver les élections européennes. Turquie ou pas Turquie ? Ça, c’est un choix.

C’est vrai ?  A quoi servent les élections européennes ? Ce devraient être les plus belles des élections : 27 Etats, qui ont connus entre eux tant de fracas, et qui votent ensemble, le même jour, pour élire leurs représentants, au terme d’une campagne politique exemplaire. Un idéal? Non, un flop assuré.

D’abord, la logique européenne, il faut bien la chercher. Chacun dans son coin avec son sucre d’orge européen, et rien pour l’Europe, à part des discours grand écart, entre les mots vibrionnants et les réalisations aussi plates qu’un discours de politique générale de François Fillon. Les heureux élus, sur des bases nationales, forment ensuite une fois arrivés à l’Assemblée de Strasbourg, des groupes inconnus des électeurs, et des alliances aussi imprévisibles que l’avenir politique de François Fillon. 20080424turquie.jpg

Le résultat des courses est bien connu : dans cette noble assemblée, émergent quelques parlementaires valeureux. Mais pour le reste, c’est l’électrœncéphalogramme plat. Tout le monde sait que l’avenir des pays européens passe par la construction européenne, mais personne ne s’intéresse aux travaux du parlement européen, pour la seule raison qu’il est discrédité par les parlementaires eux-mêmes. 

Prenons l’exemple du traité constitutionnel. Pour ou contre... Le parlement aurait du être une ruche… Il n’a a été qu’un réseau de buses… laissant d’autant plus de place à la Commission européenne… ce qui permet ensuite de dénoncer la toute puissance de la Commission… Ah, les crétins !  

Depuis la France, ça donne quoi ? Dati, disgraciée, est punie en sa faisant exiler sur la liste européenne. Yade fait son caprice car elle ne veut pas y aller, vu les hauteurs de sa pensée politique. Au PS, ce sont  des listes maquignonnées comme à la belle époque. En héros, Peillon qui a été l’un des parlementaires les plus absents, car l’Europe n’est que son gagne pain. Vive l’Europe.

porte-monnaie-sabotcuir.jpgAutant dire que, vue de France, les élections européennes ne sont qu’une expérimentation in vivo des futures élections, et ben sûr de notre divine présidentielle. Tiens au hasard… A deux mois de l’élection européenne, qui peut me dire quel est le thème dominant de la campagne de chaque camp et quel est son leader naturel ? 

Au moins, après le discours d’Obama, l’horizon s’éclaircit. Les élections ont un enjeu : pour ou contre l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne ?

Pour simplifier le débat, je ne parlerai que deux choses.

D’abord, la Turquie fait partie de l’Europe. Elle est l’un des membres fondateurs du Conseil de l'Europe. C’est dire que question religion, ce qui semble défriser notre girouette Kouchner, tout est réglé depuis belle lurette, car la liberté de religion dépend, sur le plan européen, du Conseil de l’Europe et de la jurisprudence de la Cour européenne de sauvegarde des droits de l’homme. Les problématiques de l’Union européenne sont l’économie et le social. Donc la question religieuse pour traiter de l’adhésion turque, c’est hors jeu.

 

Ensuite,  sur le plan économique, arrêtons la plaisanterie. Depuis 1992, la Turquie a accédé au statut de membre associé de l’Union de l’Europe occidentale (UEO). En 1993, le  Conseil européen de Copenhague définit les critères d’adhésion à l’Union européenne. Nous sommes en 2009, et il n’existe pas un seul observateur économique sérieux pour dire que Turquie ne répond pas à ces critères. 04.10.11_turquie.jpg

 

Alors, où est le problème ? Il reste peut être encore des esprits flétris qui pensent que l’avenir se joue entre le mode occidental et l’islam… Pour ceux-ci, il ne reste pas grand’chose à faire, à part augmenter les gouttes, et se faire  lire quelques pages du « Le choc des civilisations » par l’infirmière, avant de dormir.

 

Si on regarde ce qu’a été l’évolution de l’Union européenne ces dernières années, aucun critère ne tient : ni l’économie, ni le social, ni le société, ni la religion. La seule question est politique, et encore politique genre « touche pas à ma  place ».  La seule question, c’est la place qu’il faudrait donner, au sein des instances politiques européennes à la Turquie : combien de commissaires européens à Bruxelles, combien de juges à Luxembourg, combien de députés à Strasbourg ? Et combien en moins pour tous les autres Etats ? Tout le reste est du bla-bla.

 

Alors, on peut encore ruser, et agiter les peurs. Pas de problèmes, nous avons des experts. Mais, il suffit de faire un tour en Turquie pour se rendre compte que la population commence à en avoir assez d’être ce pianiste doué à qui un jury poussiéreux demande sans relâche de refaire des gammes.

 

La fière Turquie, qui avait refusé que les avions US survolent son territoire lors la guerre d’Irak, a suffisamment obtenu dans le réel de l’Union européenne, pour se passer des honneurs politiques, et trouver les moyens de s’affirmer, vu son implantation géostratégique, comme une puissance autonome. S’il le faut, dans un rapprochement respectueux avec les Etats-Unis. Quand on a à l’esprit tous les enjeux de la région, continuer à fermer la porte politique de l’Europe devant la Turquie revient à se plomber l’avenir.

 

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07.06.2008

Irlande: Le Traité de Lisbonne en sursis

Irlande : Le Traité de Lisbonne en sursis. Maquillé et relooké, le traité constitutionnel européen rejeté après les votes hostiles de la France et des Pays-Bas, n’est guère plus vendable : l’Irlande, seul pays à soumettre le texte au référendum, s’apprête à dire non. Or, le traité doit être ratifié par tous les Etats membres de l’Union européenne pour entrer en œuvre. Retour sur une série de rendez-vous manqués.

 

 

Tout part de la Déclaration de Laeken, en clôture d’un sommet européen, le 15 décembre 2001. Le constat est assez simple : l’Union européenne connait une extension progressive de ses activités, et il faut la doter de nouvelles règles plus à même de prendre en charge ces politiques nouvelles. Une étape en attendant une autre. L’Europe a toujours avancé par paliers.

 

 

Adaptation des règles ou constitution ?

 

 

C’est dans ce contexte qu’est créée la Convention sur l’avenir de l’Europe, un groupe de travail d’une centaine de fins esprits, présidée par un homme qui a toujours eu la fibre populaire, Valéry Giscard d’Estaing.

 

 

Le droit européen est complexe, certes, fait d’un assemblage de traités, à partir de deux principaux, le traité de Rome et celui de Maastricht. A l’origine 6 Etats, aujourd’hui 27 : les règles doivent être adaptées, notamment pour la question des majorités qualifiées, c’est-à-dire la possibilité de rependre des décisions malgré le refus de certains Etats.

 

 

Mais, ça s’emballe, et c’est cette faute que l’on paie. Au sein de la Convention commence l’échauffement des esprits, et les rêves de grande démocratie européenne. Les Etats-Unis d’Europe de Victor Hugo expliqués aux enfants : « Nous sommes tous frères , et il ne faut plus se faire la guerre. A l’échelle de la planète, il faut se regrouper pour exister, donc devenons des européens. Et grâce à la multiplication des échanges, ce sera la prospérité et vous serez tous riches. Donc, il nous faut une constitution. »   

 

 

Et c’est comme ça qu’on voit apparaitre le « Traité établissant une constitution pour l’Europe », bien au-delà de ce que prévoyait la déclaration de Laeken. En mécanique, on appelle ça « l’auto-allumage ».

 

 

Une appellation ridicule : « constitution », légitimement associé à l’idée de création d’un Etat. Alors que le traité est loin d’avoir valeur d’une constitution, et que l’Europe, pour longtemps encore, ne sera qu’un assemblage d’Etats, tous très divers, et tous attachés à rester très divers. Surtout, ce montage juridique reste artificiel, car les Etats restent incontournables comme lieu où s’élabore la démocratie et la solidarité.

 

 

La suite est connue. C’est le « Non » qui l’emporte aux référendums organisés en France le 29 mai 2005 et au Pays-Bas le 1° juin 2005. Sans doute les données nationales n’ont pas été absentes de ce vote, mais fondamentalement c’était un rejet de cette construction juridique, et  de ces concepteurs qui n’avaient pas su convaincre.

 

 

Le Traité de Lisbonne

 

 

Deuxième phase avec le « traité simplifié », signé le 13 décembre à Lisbonne par les 27 chefs d’Etats et de gouvernements. Du pur marketing. Ce traité regroupe les mêmes règles que le traité constitutionnel. Mais au lieu d’une rédaction globale et de cette étiquette trompeuse de constitution, on distille toutes ces innovations sous forme d’amendements des traités existants. Du pur travail de juriste. Le contenu est le même, et la lecture encore plus complexe : bienvenue au traité simplifié !

 

 

Le peuple français adopte le texte en évitant le référendum, et les parlementaires acceptent le 14 février 2008 ce que le peuple avait rejeté par référendum le 29 mais 2005. Le même processus est en place aux Pays-Bas. Tout va bien. L’Irlande est le seul pays dont la Constitution impose la tenue d’un référendum. Ce sera jeudi, et c’est très très incertain. Le débat est d’ailleurs sensiblement le même qu’il l’était en France : texte illisible, perte de souveraineté au profit d’instances opaques et non légitimées, aucune garantie quant au contenu des politiques.

 

 

Bref, jeudi, c’est un peu la croisée des chemins, et tous les regards seront tournés vers Dublin.

 

 

Le processus se poursuivra dans les autres pays. Partout ailleurs, c’est la ratification parlementaire,  et le résultat devrait être « oui ». Alors, si c’est « non » à Dublin, faut-il abandonner ? Ou construire l’Europe sans l’Irlande ? Ou relancer la campagne en Irlande, et prendre le risque d’un second référendum ?

 

 

C’est un peu gros que de passer par pertes et profits le fait que le peuple européen n’adhère pas à l’idée d’un Europe politique, qu’il se méfie des instances européennes, toujours suspectées d’abus de pouvoir, de déconnexion des réalités, et de méconnaissance des droits des nations.

 

 

Allez, quelques idées.

 

 

Devant le constat la faiblesse d’un processus trop juridique, sans doute faire une pause, et renforcer les politiques qui créent de vraies solidarités avant de repartir sur le plan institutionnel. 

 

 

Regrets récurrents pour le double discours des responsables politiques : je suis un européen, mais à chaque occasion de reporte les torts sur Bruxelles et je dis que ma politique nationale serait bien meilleur s’il n’y avait pas les contraintes européennes.

 

 

« Pas d’Europe politique, qui impose le libéralisme à marche forcée… ». C’est pile l’inverse. C’est l’absence de leadership politique qui laisse le champ à un marché peu régulé, avec des limites fixées par le juge de la Cour de Justice… Renforcer les instituions, c’est mécaniquement limiter le libéralisme. A chacun de faire ses choix.